Rédiger un DCE avec l'IA : CCTP par lot et DPGF

Rédiger un DCE avec l'IA : CCTP par lot et DPGF
··Cas d'usage de l'IA

Rédiger un DCE avec l'IA : CCTP par lot et DPGF

Un DCE ne se rédige presque jamais à partir d'une page blanche. Il se reprend. On part du projet précédent qui ressemblait le plus à celui-ci, on adapte, on ajuste les lots, on vérifie que tout se tient, et c'est là que passent les journées, pas dans l'écriture des prescriptions elles-mêmes.

C'est précisément ce que l'IA générative sait faire : reprendre une matière existante et la transposer. Mais un DCE n'est pas un document de travail interne. Le CCTP est une pièce contractuelle, la DPGF structure les offres qui vous seront remises, et une incohérence entre les deux se paie en travaux supplémentaires ou en réclamation. La méthode compte donc autant que l'outil.

Voici comment nous procédons, et surtout où nous plaçons les limites.

Le temps ne se perd pas dans la rédaction, il se perd dans la reprise

Demandez à un architecte ce qui lui coûte le plus cher dans un DCE : il ne répondra pas « écrire le CCTP du lot cloisons ». Il répondra la reprise d'un ancien dossier, l'homogénéisation entre des lots rédigés à des moments différents, et la vérification finale que la décomposition des prix correspond bien à ce qui est décrit.

C'est une bonne nouvelle, parce que ces trois tâches sont exactement celles où une IA générative apporte quelque chose. Elle transpose un texte d'un contexte à un autre, elle uniformise un style et un niveau de détail sur des dizaines de pages, et elle compare deux documents ligne à ligne sans se fatiguer. En revanche, elle n'a aucune idée de ce qui est techniquement pertinent sur votre projet, et c'est ce partage-là qui structure toute la méthode.

Votre base de référence vaut plus que n'importe quel modèle générique

La première étape n'est pas d'écrire un prompt. C'est de rassembler vos propres pièces.

Constituez, par lot, un petit corpus de CCTP et de cadres de DPGF que vous considérez comme vos meilleures références : deux ou trois dossiers par lot suffisent, à condition qu'ils soient bons. Ce sont eux qui portent vos habitudes de prescription, votre niveau de détail, votre vocabulaire, vos exigences récurrentes sur la mise en œuvre. Un modèle téléchargé sur internet ne les contient pas.

C'est ce qui distingue un usage individuel d'un usage d'agence. Un collaborateur qui ouvre une conversation et décrit son contexte à chaque fois obtiendra un résultat différent de son voisin. Une agence qui a déposé ses documents de référence dans un espace de travail partagé, avec des instructions communes, obtient des sorties homogènes quel que soit celui qui les demande. Sur un DCE, cette homogénéité n'est pas un confort : c'est ce qui évite qu'un lot ait l'air d'avoir été écrit par une autre agence que les cinq autres.

Le CCTP par lot : transposer, puis homogénéiser

Sur le CCTP, l'IA sert à deux moments distincts, et il vaut mieux ne pas les mélanger.

Le premier, c'est la transposition. Vous donnez le CCTP d'un projet comparable, la description du nouveau projet, ses contraintes propres, et vous demandez une adaptation lot par lot. Ce qui revient est un brouillon structuré, dans votre langue, avec vos habitudes, pas un texte générique. C'est déjà considérable, à condition de le lire comme un brouillon.

Le second, c'est l'homogénéisation. Sur un dossier réel, les lots ne sont pas rédigés par la même personne ni au même moment. L'un décrit les tolérances au millimètre, l'autre reste au niveau du principe. Faire relire l'ensemble avec une consigne de mise au même niveau de détail est l'un des usages les plus rentables, et l'un des moins pratiqués : c'est un travail que personne n'a envie de faire à la main sur deux cents pages, et qui se voit immédiatement à la lecture par les entreprises consultées.

Une précaution de méthode : travaillez lot par lot, pas sur le DCE entier. Un CCTP complet dépasse ce qu'un modèle traite correctement en une fois, et surtout, une reprise globale rend la relecture impossible à tracer. Lot par lot, vous savez ce que vous avez validé.

La DPGF : la structure et les libellés, jamais les quantités ni les prix

C'est ici que la limite doit être écrite noir sur blanc.

La DPGF est le cadre de décomposition que vous joignez au dossier de consultation et que les entreprises renseignent pour expliciter la construction de leur prix. Elle peut être fournie pré-structurée par la maîtrise d'œuvre, ou demandée à l'entreprise en reprenant l'organisation du CCTP. Dans les deux cas, elle doit rester cohérente avec les prescriptions techniques : c'est cette cohérence qui permet de comparer les offres entre elles.

Ce que l'IA fait correctement, c'est la structure : découper un lot en postes, reprendre l'organisation d'un cadre de DPGF d'un projet comparable, formuler des libellés de postes clairs et alignés sur le vocabulaire du CCTP, proposer les unités attendues. C'est un travail de mise en forme et de nomenclature, et il représente une part non négligeable du temps passé.

Ce que l'IA ne doit pas produire, ce sont les quantités et les prix. Une quantité est le résultat d'un métré, pas d'une génération de texte : un modèle qui « estime » un linéaire produit un nombre plausible, ce qui est exactement le pire cas de figure : faux mais crédible. Selon la façon dont le marché est monté, les quantités sont soit portées par vous et opposables, soit à vérifier par l'entreprise ; dans les deux hypothèses, une valeur inventée engage la responsabilité de la maîtrise d'œuvre. La règle est donc simple et sans exception : les cases de quantité restent vides tant qu'un métré ne les a pas remplies.

La cohérence CCTP / DPGF est le contrôle qui rapporte le plus

Si vous ne deviez retenir qu'un usage, ce serait celui-là.

Le principe tient en une phrase : chaque prestation décrite au CCTP doit avoir sa ligne dans la DPGF, et chaque ligne de la DPGF doit renvoyer à une prestation décrite. Un poste décrit mais absent du cadre de décomposition, et l'entreprise ne le chiffre pas : il ressortira en travaux supplémentaires. Une ligne présente mais que rien ne décrit, et vous obtiendrez des prix incomparables d'une offre à l'autre, chacun ayant supposé autre chose.

Ce contrôle croisé se fait très bien en confrontant les deux documents lot par lot et en demandant la liste des écarts dans les deux sens. C'est fastidieux à la main, rapide à faire faire, et le résultat se vérifie immédiatement : chaque écart signalé se contrôle en ouvrant les deux pièces. Contrairement à une prescription technique, il n'y a pas de jugement à porter : l'écart existe ou n'existe pas.

Une réserve, tout de même : un écart non signalé ne prouve rien. Le contrôle sert à remonter des oublis, pas à délivrer un quitus.

Les références normatives se recontrôlent toujours à la source

C'est le point dur, et il vaut pour toutes les pièces écrites, pas seulement pour le DCE.

Un modèle de langue produit des références de normes et de DTU avec la même assurance qu'il produit une phrase : le format est juste, l'indice est plausible, et rien ne signale que la référence est périmée ou qu'elle n'existe pas. Dans un document de travail, c'est un désagrément. Dans une pièce contractuelle qui sera opposée à une entreprise, c'est une faute.

La règle que nous posons en session est absolue : aucune référence normative produite par une IA n'entre dans un CCTP sans avoir été retrouvée dans la source officielle. Pas « vérifiée par une autre IA », pas « confirmée par une recherche web » : ouverte à la source. C'est quelques minutes par lot, et c'est le prix d'usage de la méthode.

Le corollaire, plus intéressant, c'est qu'il vaut mieux ne pas demander à l'IA de produire ces références. Donnez-lui vos propres prescriptions de référence, avec les normes que vous citez habituellement et que vous savez à jour : elle les reprendra au lieu de les inventer.

Ce qui reste entièrement à l'architecte

La liste est courte et elle ne bouge pas : les choix techniques, les contraintes propres au site et aux règles locales, les exigences du maître d'ouvrage, les quantités, et la validation de l'ensemble.

Autrement dit, l'IA travaille sur la forme, la structure et la cohérence. Le fond reste porté par celui qui signe. C'est moins spectaculaire qu'une promesse de génération automatique de DCE, et c'est la seule façon de tenir sur des documents qui engagent votre responsabilité pendant dix ans.

La liste de contrôle de cohérence CCTP / DPGF

À copier et à utiliser lot par lot, avant envoi du dossier de consultation.

  1. Chaque prestation décrite au CCTP a-t-elle une ligne correspondante dans la DPGF ? Parcourir le CCTP dans l'ordre et pointer les postes.

  2. Chaque ligne de la DPGF renvoie-t-elle à une prescription identifiable du CCTP ? Le sens inverse est celui qu'on oublie.

  3. Les libellés emploient-ils le même vocabulaire dans les deux pièces ? Un poste nommé différemment sera compris différemment.

  4. Les unités sont-elles cohérentes avec la façon dont la prestation est décrite : au mètre linéaire, au mètre carré, à l'ensemble ?

  5. Les cases de quantité sont-elles renseignées par un métré, ou volontairement laissées à l'entreprise ? Aucune valeur ne doit provenir d'une estimation générée.

  6. Les prestations en option ou en variante sont-elles identifiées comme telles dans les deux pièces ?

  7. Les interfaces entre lots sont-elles attribuées ? Les réservations, les percements et les raccordements sont les postes qui échappent le plus souvent aux deux documents à la fois.

  8. Toute référence normative citée a-t-elle été retrouvée dans la source officielle ? Y compris celles qui figuraient déjà dans le dossier de référence : elles ont pu changer d'indice depuis.

Ce que nous travaillons en session

Dans les parcours que nous animons en agence d'architecture, la phase DCE et Pro revient systématiquement parmi les usages demandés, aux côtés des candidatures et du suivi de chantier. C'est la rédaction du CCTP et l'adaptation des carnets de détails existants qui sont le plus souvent citées en début de session.

Nos formations à l'IA pour les agences d'architecture partent de ces pièces-là plutôt que d'un catalogue de fonctionnalités : chacun repart avec son propre corpus déposé et un espace de travail configuré. Le parcours ChatGPT et Claude en agence reste le format le plus souvent retenu au démarrage, et le travail sur les pièces écrites longues se fait plus confortablement avec Claude.

Vous voulez voir ce que ça donne sur vos propres CCTP ? Écrivez-nous en précisant vos lots les plus fréquents.

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